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Si " L'autonomie n'est
pas un don" comme l'affirme Philippe Merieu, pédagogue et inspirateur de nombreuses réformes pédagogiques, elle s'acquiert, se conquiert même parfois, tout au long de
notre vie.
Alors qu'apprend-on pour favoriser cette liberté intérieure, cette capacité à choisir par soi-même et que signifie être autonome à 3 ans ?
L'entrée à l'école vers cet âge marque une étape importante dans ce processus commencé dès la naissance. Quelques soient les pratiques envisagées, c'est au travers de quatre grands axes que
l'autonomie de l'enfant sera travaillée : la psychomotricité, l'affectivité, la sociabilité et le développement des capacités intellectuelles. Viennent ensuite les moyens mis en oeuvre pour y
arriver et c'est là que les méthodes diffèrent .
Je dirai pour simplifier que le modèle traditionnel repose sur une succession d'activités brèves, organisées et dirigées par l'enseignant alors que les écoles Montessori proposent une liberté
structurée au sein d'un environnement soigneusement préparé.
Pour illustrer ces différentes pratiques, je vous propose de partager le quotidien de Pierre et Marion dans leurs classes respectives...
Pierre est un enfant joyeux d'un peu plus de deux ans et demi. Depuis son premier anniversaire, il va chez une assistante maternelle et a intégré en septembre, l'école
publique de son quartier.
Arrivé à 9H, il franchit doucement la grille et se blottit contre sa mère pour entrer dans la classe :
- " Bonjour Pierre ! " dit la maîtresse avec un grand sourire.
Pierre ne répond pas, il commence même à sentir sa gorge se nouer, il sait parfaitement qu'après avoir accroché sa veste et embrassé sa maman, elle partira... et cette séparation est encore
un peu difficile.
La porte refermée, Pierre rougit et de grosses larmes roulent sur ses joues. L'enseignante se penche vers lui et essaye de le consoler :
- " Alors Pierre, tu sais bien que ta maman va revenir. Tu ne veux pas aller prendre un petit vélo ? regarde ! Chloé est déjà arrivée ! ".
Pierre pleure encore mais la maîtresse doit accueillir d'autres enfants. Après de longues minutes, il finit par se calmer.
La pendule murale indique 9H20, il est temps de se rassembler :
- " Allez, il faut ranger maintenant et aller vous asseoir ".
Quelques instants plus tard les enfants sont installés sur des bancs disposés en U. Grâce aux repères photographiques collés sur les dosserets, chacun retrouve sa place.
Face à eux, la maîtresse commence l'appel. Pierre aime bien ce moment car il sait qu'après c'est " l'heure des chansons ". De la musique, des comptines mimées, des jeux de doigts, il
participe avec un plaisir non dissimulé.
Puis c'est le temps libre de la " découverte des livres ". Pierre apprécie les histoires, surtout celles que Papa lui lit avant de s'endormir mais aujourd'hui la ferme et tous ses animaux
l'attirent beaucoup, beaucoup... ce n'est pas " l'heure ", dommage, ce sera pour plus tard !
A 9H50 toute la classe est en rang deux par deux (enfin presque ! ) pour rejoindre la salle de psychomotricité. Un bel espace multicolore où l'enseignante a préparé un parcours adapté.
Les uns après les autres : ils sautent, grimpent ou se faufilent dans des structures amovibles.
L'activité dure une quinzaine de minutes puis c'est le passage obligé aux toilettes avant le retour en classe aux alentours de 10H20.
Dès son arrivée, la maîtresse aide Pierre et quatre autres élèves à enfiler un tablier et les conduit devant les chevalets.
- " Nous allons essayer de tracer des traits de haut en bas, avec de la peinture rouge " explique t-elle.
Les pots " impossibles à renverser " sont remplis et l'accès au point d'eau limité.
Pierre saisit avec intérêt son pinceau, le trempe dans la peinture et commence à se barbouiller consciencieusement l'index puis le pouce gauche avant d'être rappelé fermement à l'ordre
:
- " Ah non Pierre ! , on fait ça sérieusement ! "
L'enseignante dirige les premiers tracés puis prolonge quelques lignes à la fin.
Le travail se termine et cela tombe bien car la cloche vient de retentir : c'est " l'heure de la récréation ".
Bien défoulés, les enfants rentrent dans la classe. L'assistante (ASEM), installe les élèves ayant déjà peint autour d'une grande table et leur donne un morceau de pâte à sel pour une "
manipulation libre ". Un peu dérouté, Pierre ne sait que faire de ce tas blanchâtre : un peu dans la bouche, un peu sur la table et le reste par terre, il finit par vouloir se lever mais...
l'assistante veille !
Un coup d'oeil sur la pendule et la maîtresse réalise qu'il est presque 11H30 : Vite ! on range et les enfants rejoignent leurs places sur le banc pour " l'heure de la lecture ".
Assez excités, ils se lèvent et se bousculent, Pierre finit même par atterrir en larmes sur les genoux de son voisin. Il faudra une mise au point claire et précise de l'enseignante pour connaître
la fin de l'histoire.
On frappe à la porte, la dame de la cantine vient chercher les élèves demi-pensionnaires, pendant que l'assistante apporte les manteaux de ceux qui rentrent chez eux. Pierre enfile sa veste et
reprend sagement sa place car maintenant, il le sait, c'est... " l'heure des mamans ! ".
Partageons à présent le quotidien de Marion ...
Marion a eu 3 ans le mois dernier. C'est une petite fille qui fréquentait l'année dernière une halte garderie parentale quelques heures par semaines.
A la rentrée, ses parents ont décidé de l'inscrire à mi-temps dans une " Maison des enfants " 3/6ans proche de leur domicile.
Une " Maison des enfants " est un lieu de vie spécialement conçu par Maria Montessori pour répondre aux besoins physiques et psychologiques de l'enfant. Conformément à ce principe, elle regroupe
les enfants par phases de développement et non par année civile comme cela se fait généralement.
Sur le chemin de l'école, Marion avance d'une démarche souple et régulière.
Arrivée dans le vestiaire, elle accroche son manteau, retire ses chaussures et enfile ses chaussons. Elle franchit comme convenu le seuil de sa classe à 9H15 précises. Les arrivées étant
échelonnées, cette exactitude est garante d'un accueil personnalisé et d'une séparation sereine.
- " Bonjour Marion ! " dit l'éducatrice , " Alors ?, c'était bien hier le cinéma avec Mamy ? "
Marion acquiesce et l'éducatrice, toujours accroupie, poursuit :
- " Tu n'as pas eu peur dans cette grande salle toute noire !"
- " Oh, non ! " affirme en souriant la petite fille, " Mais moi, tu sais, j'ai un chaton ! "
- " Un chaton ?, un vrai ?, c'est fantastique ! " s'exclame t-elle
- " Oui !, Oui ! ", répond Marion radieuse.
- " Tu crois qu'après avoir dit au revoir à maman, tu pourrais essayer de trouver un chat qui lui ressemble dans les livres de la bibliothèque et nous le montrer tout à l'heure ? " interroge
l'éducatrice.
- " Oh oui ! " rétorque Marion enthousiaste.
Elle embrasse sa maman et se précipite vers les rayonnages.
Il est 9H30, l'éducatrice, son assistante et les 16 enfants qui constituent le groupe sont au travail. Marion a repris sur l'étagère le plateau " des versés " et s'est installée sur une table
individuelle. Comme pour chaque première manipulation, l'activité lui a été présentée personnellement mais depuis deux jours elle est fascinée par le trajet de l'eau d'un petit pot à
l'autre et expérimente avec ardeur l'utilité du bec verseur.
Une nouvelle fois, elle saisit l'anse du pot droit et essaie de transvaser l'eau qu'il contient dans celui de gauche. Elle va doucement, s'applique, mais malgré toute son attention,
quelques gouttes tombent sur le plateau. Sans rien dire, elle va chercher une coupelle contenant une éponge, essuie minutieusement puis la rapporte et se remet au travail.
Une quinzaine de minutes se sont écoulées quand Marion décide d'arrêter sans que personne ne l'ait interrompue.
De nouveau face aux étagères, elle est attirée par deux flacons dorés aux bouchons de tailles et de couleurs distinctes. Elle sollicite alors une présentation auprès de l'éducatrice.
Ensemble elles vont chercher le matériel et s'installent côte à côte sur un petit bureau. L'éducatrice commence lentement et en silence la démonstration afin que la petite fille puisse focaliser
toute son attention sur la précision du geste et le déroulement méthodique de l'activité.
Marion essaie à son tour plusieurs fois puis elles vont toutes les deux remettre le matériel à sa place.
La matinée est déjà bien avancée et l'éducatrice propose de se regrouper autour d'une petite collation.
Les enfants vont se laver les mains " doigt par doigt " puis viennent s'asseoir tout autour de la ligne, les deux adultes de chaque côté.
Des quartiers de pamplemousses ou de clémentines sont alors autant de chances de s'instruire que de se régaler !
C'est aussi un moment de partage: On apprend alors que Clémence a eu une petite soeur cette nuit, que le grand-père de Paul va bientôt arriver et que Marion a adopté un petit chaton perdu qui
ressemble à celui du livre que l'assistante est en train de montrer.
Après avoir épuisé tous les sujets, l'éducatrice commence à chanter et les enfants font de même. Hier, à la demande générale, elle avait raconté une histoire.
Midi sonne et les enfants qui déjeunent à l'école vont mettre leurs chaussures et prendre leur " lunch box " pendant que les autres attendent librement dans la classe l'arrivée des mamans.
Quelques soient les méthodes envisagées, la personnalité et le rôle du référent sont déterminants dans le processus d'autonomisation de l'enfant.
La personnalité, tout d'abord, car pour accepter de s'engager dans l'apprentissage, l'enfant doit éprouver une réelle sécurité affective pour " oser avancer ".
Le rôle, ensuite, car pour proposer des activités adaptées, le pédagogue doit être capable d'observer et d'apprécier, le plus justement possible, le niveau de
développement de chacun. Ainsi rassuré et guidé en fonctions de ses besoins, l'enfant va pouvoir acquerir un certain nombre de connaissances.
Mais pour parler d'autonomie, même à 3 ans, il faut que les savoirs enseignés aient du sens et que l'enfant soit capable de les réutiliser à bon escient dans des
contextes différents .
C'est en cela aussi que la méthode Montesssori est pertinente, puisqu'elle fait de ses " Maisons des enfants " des lieux d'entraînement aux gestes de la vie
quotidienne, là où les écoles " classiques " ne proposent que de simples jeux d'imitation. Ce lien sans cesse établi entre l'apprentissage et sa finalité, permet
au petit de transformer son savoir en savoir-faire et développer sa confiance en lui.
Plus sûr de lui, il est alors prêt pour de nouvelles conquêtes...
A mercredi prochain !
Marie
Merci de vos encouragements !